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Analyses et avis personnel à propos de la science, des scientifiques et de la vape

Suivis et analyse des « primo-accédants »

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Introduction

La vape est un outil d’aide à la cessation tabagique. La qualité de nos conseils est importante dans la démarche d’arrêt. Le choix de l’appareil, de l’arôme et du dosage sont décisifs dans le processus. Mais comment pouvons-nous évaluer l’efficacité de notre travail ? Nous avons constaté un biais d’analyse majeur : Les clients contents reviennent nous voir. A l’inverse un client insatisfait peut soit arrêter la vape, soit aller dans une autre boutique où il va se plaindre du piètre service reçu chez nous. On ne dispose que rarement des retours négatifs et donc on se croit en toute bonne fois excellents. A l’inverse nos confrères nous semblent incompétents car nous avons récupérés certains de leurs clients insatisfaits. Le problème surviens lorsqu’on découvre que chaque boutique, en particulier celles dont nous avons eu des retours catastrophiques, pense également être la meilleure boutique du monde et qu’elle trouve pour ce faire une justification qui n’est pas étayée par des chiffres.

Cela nous amène à une remise en question impossible car ce sont les échecs qui nous permettent de nous améliorer. Quelle est la meilleure approche lorsqu’on souhaite aider un fumeur à passer à la vape ? Chacun voit midi à sa porte.

Pour y voir plus clair la boutique Fumerolles a mis en place un système de suivis de ses clients de manière à récolter non seulement les retours positifs, mais également les retours négatifs. Ce travail n’a pas de prétention scientifique. Nous avons fait de notre mieux mais cela ne remplace en rien une étude indépendante, randomisée et validée. Parmi les limitations de notre travail, il faut mentionner le fait que nous nous basons sur les réponses reçues et que le taux de réponse est de 40% environ. Nous ne savons pas ce qui est arrivé aux 60% de non-répondants. Une autre limitation de cette étude est qu’elle ne s’applique qu’à notre propre façon de travailler, nous ne disposons d’aucune comparaison.

Matériel et Méthode

Nous avons effectué durant un an une procédure « primo » auprès de chaque vapoteur débutant. Au total nous avons collecté une fiche pour 877 fumeurs entre septembre 2018 et septembre 2019. Avec chacune de ces personnes, nous avons remplis un formulaire pour évaluer leur « profil tabagique ». Cela comprenait un questionnaire classique de tabacologie, le « Fagerstrom » ainsi que diverses autres questions destinées à estimer la consommation journalière en nicotine du fumeur. Puis le primo-accédant a effectué une série de tests pour voir quel type d’appareil lui convient le mieux, quel dosage de nicotine il supporte et quels arômes lui conviennent.

  • Lorsque notre « diagnostique » pointait vers une faible dépendance physique, nous avons privilégié le plaisir de vapoter. Typiquement des personnes allumant leur première cigarette plus d’une heure après le lever et qui peuvent passer plusieurs jours sans fumer, par exemple si elles sont malades.
  • Lorsqu’on suspectait une forte dépendance physique, on encourageait le client à choisir un fort dosage de nicotine. Typiquement de gros fumeurs allumant leur première clope du matin moins de 5 minutes après le réveil, ou qui appréhendent l’idée de prendre l’avion en raison de la peur du manque de nicotine.

Après avoir remplis le formulaire, effectué les tests et donné nos conseils la personne choisissait l’appareil, l’arome et le dosage de nicotine librement et nous notions le choix de la personne. En fonction de notre évaluation et du matériel / dosage choisis, nous informions le client de combien de réservoirs correspondait selon nous à leur consommation actuelle de nicotine, le but étant de commencer la vape sans effet de manque. Nous ne conseillons pas de baisser le taux de nicotine avant une période sans aucune cigarette de deux à trois mois. Le choix de baisser la nicotine est propre à chacun et nous assistons le client quel que soit son choix. Il est à noter que l’évaluation de la consommation de nicotine est très imprécise, la façon de fumer influence beaucoup la quantité de nicotine absorbée par cigarettes. Selon certaines études, la quantité de nicotine prise à chaque cigarette peut varier de 1 à 3 mg suivant comment la personne inhale, avec une moyenne de 1.3mg (roullées = le double). Le type de cigarette (légère ou forte) ne changerait en revanche pas significativement la quantité de nicotine inhalée.

Nous pensons utile d’indiquer à chaque client combien de e-liquide correspondrait selon nous à son besoins en nicotine journalier car souvent, le primo-vapoteur se plaint de devoir vapoter « tout le temps », la vape étant moins efficace qu’une cigarette.

Après un certain temps, au minimum deux semaines mais parfois plus, nous avons envoyé un petit sondage par e-mail à ces personnes pour leur demander si elles étaient parvenues à arrêter de fumer. Nous avons collecté 350 réponses dont voici le résumé.

Résultats et Discussion

L’âge moyen des personnes qui sont venues nous voir est de 37 ans. Un peu plus d’hommes que de femmes font le pas (55% d’hommes contre 45% de femmes).

Le taux de personnes reportant avoir arrêté de fumer selon notre sondage était de 53% (Figure 1).

Figure 1 : Arrêt du tabac

A l’origine, nous avons commencé ce suivi pour savoir quel taux de nicotine est le plus à même d’aider à en finir avec le tabac (Figure 2).

Figure 2 :Cessation tabagique par taux

Il existe un courant de pensée qui recommande de forts dosages sur du matériel « mouth to lung » (MTL). Comme déjà dit, nous conseillons généralement le taux qui nous semble le plus adapté, on ne peut donc en aucun cas appliquer ces résultats en faisant l’impasse sur le « diagnostique vapologique ». Seul un test randomisé permettrait de voir si un type unique de matériel conseillé globalement à tous les primo pourrait être efficace, ce que nous ne souhaitons pas faire car selon nous cela pénaliserait nos clients.

Relation watt-dosage. Pour chaque type de vape, une fourchette de dosage nous semble adapté. Il est impossible de vapoter à un fort taux de nicotine à haut wattage (18mg/ml et 100 watt). Le tableau ci-dessous est à mettre en relation avec le matériel (Figure 3). On recommande de ne pas dépasser 6mg en DL (30W ou plus). De 8 à 13 mg/ml on recommande un tirage medium ( 15 à 25 watt). De 14 à 18mg/ml on propose un tirage MTL (max 14W) et au-delà de 18 il s’agit de sels de nicotine, dans un « POD » car la nicotine « free base » procurerait un hit trop important

Figure 3 : Ventes par tranche de nicotine

Et les fumeurs ? Nous avons regardé comment se passait leur consommation. Parmi les réponses obtenues, la grande majorité sont des vapo-fumeurs (Figure 4). Cela nous fait penser que les personnes ayant abandonné la vape n’ont généralement pas répondu au questionnaire, mais nous n’avons pas d’indices à ce sujet.

Figure 4 : Analyse des échecs

Nous avons regardé le taux de personnes qui ont déclaré avoir arrêté de fumer en fonction de l’âge et du nombre de cigarettes fumées (Figures 5a et 5b). Sans surprise, plus une personne fume est plus il lui est difficile d’arrêter. Les personnes de plus de 50 ans ont plus de difficulté à arrêter que la tranche d’âge de 31 à 49 ans. Une surprise cependant, les moins de 30 ans ont de la peine à cesser de fumer. Parmi les explications possibles, l’insouciance de la jeunesse pourrait faire qu’ils sont moins conscients des méfaits du tabac, qu’ils ont plus de peine à planifier les choses et que leur motivation à l’arrêt est plus faible.

Figures 5a  : Analyse des Succès par âge
Figures 5b : Analyse des Succès par nbre de cigarettes

Ces temps, aux USA, la mode est à l’interdiction des arômes car ils cibleraient spécifiquement les jeunes. Voici quels arômes nos clients ont pris lors de leur premier achat (Figure 6).

Figure 6 : Répartition par types d’arômes

Le dosage choisis change en fonction de l’âge du client. Les jeunes ont globalement plus tendance à préférer la grosse vape en DL, donc des taux de nicotine bas (figure 7). A l’inverse les personnes de plus de 50 ans ne vont choisir un faible dosage que très rarement et généralement que parce que c’est le seul type de vape qu’ils supportent.

Figure 7 : Dosage par tranche d’âge

Et ensuite ?

Nous avons parfois reçu de vives critiques de la part de confrères qui pensent que leur façon de faire est meilleure que la nôtre, que nous devrions travailler comme eux. Si une méthode devait s’avérer plus efficace qu’une autre, il est clair que chaque vendeur-conseil en vaporisateur personnel se devrait de l’adopter, d’autant que la cessation tabagique de chacun de nos clients est la meilleure publicité qui puisse exister: C’est elle qui nous amène, de la bouche d’un vapoteur à l’oreille de fumeurs, de nouveaux clients. Une des tendances en France, celle relayée entre autres par le journal Vap’You, consiste à travailler principalement en MTL à de forts taux de nicotine. A l’inverse en Suisse Romande, la tendance est de travailler avec du matériel à plus haut wattage et un taux de nicotine plus faible. Cependant à notre connaissance ces pratiques sont basées sur l’expérience et des connaissances théoriques de chacun et non sur une étude comparative chiffrée entre diverses méthodes de travail. A quel titre devrions-nous prêter plus de crédit à l’expérience d’un autre professionnel plutôt qu’à notre expérience propre ?

La présente publication a pour but de susciter l’envie d’une collaboration entre différentes boutiques. Nous souhaitons relancer une étude similaire dans un cadre élargis, en collaboration avec d’autres, avec si possible la supervision d’un scientifique de manière à améliorer notre protocole de suivis. Nous pensons que c’est la meilleure manière d’établir une méthodologie légitime et validée.

S’il était possible de définir quelle méthode de travail est optimisée, nous serions ensuite apte à créer une formation spécifique aux assiciations de professionnels suisses, étape cruciale tant pour la satisfaction de nos clients que pour la reconnaissance officielle de notre contribution à la lute contre le tabac.

Fumerolles, Nicolas Michel, le 21 février 2020.
Relecture : Jérémy Boillat


Pourquoi faut-il interdire la vape ?

Au début, le tabac c’était bien. Dans les années 30 on voyait des publicités expliquant que les médecins conseillent de fumer.

Puis on a découvert que fumer tue. Grande découverte. En Suisse, le tabac provoque 9500 décès par an.

Face à ce constat, largement admis par tous le monde, on peut se dire que les gens vont donc arrêter de fumer. Mais non. En Suisse, selon une récente étude de Unisanté, 33% des jeunes à Fribourg fument. C’est con tout de même : On leur dit de ne pas le faire et ils le font quand-même. Face à cette constatation toute personne concernée va devoir se demander pourquoi. Pourquoi fumer si c’est dangereux ? Les réponses ne manquent pas :

  • Fumer est une addiction, un piège. Une fois qu’on commence il est difficile d’arrêter.
  • L’image de la cigarette a été rendue glamour par le cinéma.
  • La publicité incite à fumer.
  • Les fabricants de cigarette utilisent tous les moyens possible pour pousser les gens à fumer.
  • etc …

Fumer c’est mal

Au départ la lute anti-tabac était une question de toxicité, de morbidité. Fumer tue.
Face à l’échec de la lute anti-tabac, fumer est toujours la première cause de mortalité dans le monde après plusieurs décennies de lute, les acteurs de la prévention ont dû pousser le bouchon encore et encore. Ils se sont radicalisés.

Puisque une explication simple ne suffit pas, il faut donc non seulement expliquer au gens que fumer tue, mais il faut également détruire l’image de la cigarette, la rendre négative. Un certain nombre de raisons de fumer ne sont pas prises en compte, comme dans le livre de Allen Carr par exemple, parce que ce serait pas « utile à la cause » :

  • Fumer est un plaisir
  • Fumer est anti-dépresseur et c’est un stabilisateur d’humeur
  • Fumer est un anxiolytique. Les rituels associés sont rassurants
  • Il se pourrait que fumer soit un auto-traitement pour certaines personnes
  • Fumer donne prétexte à une pause, c’est souvent une petite « récompense »
  • Fumer est parfois un acte social
  • Demander une clope ou du feu est une façon d’aborder les gens
  • Fumer rythme la journée, la ponctue
  • La nicotine est un neuro-protecteur
  • etc …

Pour aider les gens, il ne faut pas leur dire toute la vérité. C’est le début du mensonge. Une partie fondamentale de la lutte anti-tabac consiste à se battre contre des idées, contres la perception des gens. Il faut les manipuler, les influencer, changer les comportements. Il faut être sournois car face à la morbidité du tabac, tous les coups sont permis.

La lute anti-tabac n’est plus une lute pour la santé des gens, mais c’est devenu une question de principe, de morale. Pour les acteurs de la prévention, la lute ne s’arrête pas à la toxicité puisque leur objectif est de changer le comportement de la population. Il s’agit d’inculquer de nouvelles valeurs. Il faut redéfinir ce qui est bien et ce qui est mal. La première règle pour convaincre les gens est d’être convaincu sois-même par chaque aspect du discours à tenir.

  • L’OMS recommande de surveiller et de contrer l’industrie du tabac. BigT, c’est les méchants. On ne lute pas seulement contre le produit, mais aussi contre les gens qui le fabriquent et qui le vendent.
  • Pour luter contre la dépendance comportementale, il faut interdire de fumer autant que possible, restreindre les circonstances durant lesquelles on peut être tenté de fumer.
  • Pour luter contre la dépendance psychologique, il faut diaboliser cette dépendance. On va donc y opposer la notion de liberté.
  • Il faut agir bien entendu sur le prix
  • Il faut « dé-normaliser » l’acte de fumer, rendre ce geste honteux, vil, faible
  • etc …

Et la vape ?

La vape propose de continuer à consommer de la nicotine, de continuer à avoir le plaisir de « fumer », de continuer à se « soigner », de continuer à faire tout ce qui a été diabolisé mais en supprimant la morbidité inhérente au tabac. Comme tout acteur de la prévention s’est préalablement convaincu lui-même que « fumer c’est mal », « la dépendance c’est mal », « la nicotine c’est mal », la vape est inacceptable.

Ce qui justifie la lute anti-tabac, ce qui constitue la raison de vivre des milieux de prévention, c’est la morbidité du tabac. Le tabac tue donc on a le droit de mentir, de manipuler, de taxer, d’interdire. C’est pour le bien de la santé publique. Si le fait de « fumer » (vapoter en fait) ne tue plus, cela prive les acteurs de la lute anti-tabac de leur raison de vivre. Il faut donc à tout prix que la vape soit toxique. Comme le disait l’OMS, la vape est indiscutablement toxique même si on manque de preuves. Actuellement on constate que les milieux anti-tabac Suisse adoptent le comportement suivant. On admet à minima quelques évidences scientifiques :

  • La vape peut être une aide à la cessation tabagique
  • La vape est moins dangereuse que le tabac
  • La vape est un moyen populaire d’arrêter de fumer

Mais on n’accepte pas pour autant que la vape remplace le tabac :

  • La vape ne doit pas être recommandée par les médecins
  • La vape n’est pas un « medical device », elle est donc dangereuse.
  • Le vapotage ne doit pas devenir un comportement positif ou acceptable (ne pas re-normaliser l’acte de fumer, comme si vapoter et fumer étaient la même chose)
  • La nicotine est dangereuse lorsqu’elle est vapotée mais elle ne l’est pas dans le cas de l’usage de traitements approuvés par Swiss Medic.
  • La vape peut éventuellement être utilisée durant une courte durée dans le but exclusif d’un arrêt tabagique total. Ensuite il faut arrêter de vapoter.
  • Il faut limiter l’attrait de la vape auprès des jeunes car la dépendance c’est mal et que la protection de la jeunesse, c’est vendeur.
  • Il faut maintenir coûte que coûte l’idée selon laquelle la vape est toxique, sans jamais donner d’échelle. Lorsque des pro-vape donne une échelle, la stratégie du doute est la meilleure réponse.
  • Contrairement à tout autre nouveau produit où l’on admet qu’il est possible d’évaluer la toxicité en se basant sur diverses études, il faut dire qu’on a pas de recul et nier le fait que actuellement, la science permet de déduire se qui arrivera à long terme.
  • Il faut employer chaque corrélation comme une preuve de causalité
  • Il est légitime d’invoquer tous les arguments flou, indémontrables ou irréalistes tels que l’effet passerelle ou l’idée selon laquelle les arômes s’adressent aux jeunes
  • Il faut oublier la morbidité du tabac. Consommer de la nicotine est mal parce que c’est mal. Parce que la dépendance c’est mal.
  • Il ne faut pas prendre en considération les vies qu’on pourrait sauver, il faut uniquement se concentrer sur la protection des mineurs, en faisant abstraction du fait qu’ils sont nombreux à fumer
  • Il faut nier le fait que la vape puisse ringardiser la clope. Il faut au contraire prétendre qu’un nouveau produit conduit à utiliser l’ancien, tout comme les CD ont stimulé le marché du vinyle ou comme la photo numérique a stimulé la vente d’argentique. (ah non, ça il faut pas le dire, ça mettrait la puce à l’oreille)
  • Il faut assimiler expérimentation et dépendance
  • Il faut assimiler la vape au tabac

Voilà, en bref, les milieux anti-tabac ne peuvent pas accepter que la vape remplace le tabac car en dehors de toute considération de santé, elle détruit leur paradigme.
Il faut donc interdire la vape pour sauver les anti-tabacs.

De l’art de manipuler les statistiques

Suite à la lecture d’un article intitulé :
TO QUIT OR TO START? THE EFFECT OF E-CIGARETTES USE ON SMOKING TRADITIONAL CIGARETTES AMONG YOUNG PEOPLE IN SWITZERLAND
signé par Diane Auderset, Yara Barrense-Dias, Christina Akre et Joan-Carles Suris, je me permet de poster ici quelques citations et commentaires.

Cette étude analyse les chiffres de deux autres études nommées « GenerationFRee survey » qui se sont déroulées entre 2015 et 2017 et qui analysent « La problématique des jeux d’argent chez les adolescents du canton de Fribourg.

Conclusions: The vast majority of youths used ECs “to try”, suggesting that the aggressive marketing campaigns that target them work.

La première phrase de la conclusion est symptomatique : On étudie une chose pour en conclure une autre, sans aucun rapport. Cette étude ne porte pas sur le marketing. Si l’équipe qui a fait cette étude avait étudié le marketing de la vape entre 2015 et 2017, elle aurait découvert qu’il était pratiquement inexistant à cette époque. La vape est une « subculture » qui passe par les réseaux sociaux, une communauté d’utilisateurs qui propagent leurs expériences. Pour preuve, alors que tous le monde connait Apple, Microsoft ou BMW, qui connait les marques tel que Joyetech, Innokin, Kangertech ? Presque personne. Les marques qui dominent le marché de la vape ne font pas de publicité. Pourquoi donc commencer la conclusion de cette étude en accusant le marketing ? Pour moi la réponse est tristement évidente : Ce n’est pas de la science. C’est une manipulation politique qui vise à restreindre l’accessibilité du produit, notamment via une interdiction la plus vaste possible de la publicité sur la vape.

Il faut noter ici que dès la première phrase de la conclusion, on voit un parti pris. La vape est négative. Il faut luter contre la vape. La vape cible les jeunes. Rien dans cet article ne va envisager un quelconque effet bénéfique de la vape. Voici la suite :

Furthermore, ECs seem to be a gateway to smoking and have little impact on helping to quit.

Là, il faut examiner les chiffres. Il y en a deux sortes : ceux qui sont dit et ceux qu’il faut calculer. L’étude globale (N=1437) dit qu’il y a 26.3% de fumeurs, plus 6.7% de « dual users », soit un total de 33% de fumeurs (N=475). On voit ici à quel point le tabagisme est répandu chez les jeunes. Fumer tue et touche un jeune sur 3. Ces chiffres sont stables depuis bien avant que la vape n’arrive et donc en aucun cas on ne saurait les imputer au marketing « agressif » de Eleaf. Les jeunes suisses fument.

Effet passerelle

Les jeunes qui vapotent exclusivement sont 2.9% (N=42) et l’étude nous dit que 23% d’entre eux (10 jeunes donc) sont devenus fumeurs après un an. Donc à supposer que l’effet passerelle existe, cette étude a mesuré qu’elle impact la prévalence tabagique de 0.7%, ce qui ne semble pas grand chose au regard des 33% de fumeurs qui n’ont pas commencé à cause de la vape. (Tirer des conclusions sur un panel de 10 jeunes ne me semble pas très professionnel, mais passons)

Cette étude ne démontre en rien une causalité.
On ne peut affirmer, en la lisant, que ces jeunes ne seraient pas devenu fumeurs s’ils n’avaient pas vapoté avant. Fait paradoxal, ces chiffres sont issus d’une étude qui démontre que certains jeunes ont des comportements à risque, c’est à dire qu’un jeune qui aime les jeux d’argent sera plus susceptible de consommer de l’alcool, de fumer ou de se droguer qu’un autre jeune. Concernant la vape, en revanche, les auteurs de cette étude ne se posent pas la question d’une corrélation de comportements à risque. Du fait que la moitié des auteurs de cette étude fait partie de l’équipe qui a rédigé l’autre étude, on ne peux supposer qu’ils ne sont pas au courant. On voit donc ici que les conclusions des auteurs relèvent une intention de leur part à conclure à un effet passerelle. C’est de la politique, pas de la science.

little impact on helping to quit

Là aussi, cette étude révèle plus des intentions et préjugés des auteurs que la réalité des faits.

Among dual users indicating wanting to quit as a reason to use ECs, 15.3% effectively quitted smoking

Faisons quelques calculs pour savoir de quoi on parle. Les « dual users » N=97 ont été 8.4% à dire qu’il vapent pour arrêter de fumer. On parle donc de 8 jeunes. Cette étude entend donc démontrer l’inefficacité de la vape en tant qu’aide à la cessation tabagique sur un panel de 8 personnes. En quoi est-ce représentatif ?

Il faut rappeler ici que cette étude analyse les chiffres de 2015 à 2017. A cette époque la nicotine était interdite à la vente. De plus les boutiques de vape spécialisées se sont par principe engagés à ne pas vendre aux mineurs. On ne sait donc pas si ces jeunes vapotaient avec nicotine, ni si ils ont été correctement aidés, conseillés et suivis par des spécialistes. On ne peux donc pas savoir si la faible efficacité que les auteurs attribuent à la vape provient du contexte législatif négatif, d’un sous-groupe d’individu ayant une tendance marquée à la dépendance ou de la vape elle-même.

Addictivité de la vape

Ce point n’est absolument pas évoqué par les auteurs, pourtant cela me semble statistiquement intéressant. On lit souvent que la vape est dangereuse parce que addictive. Selon le T1 près de la moitié des jeunes interrogés ont testé au moins une fois la vape, mais ils ne sont que 2.9% à être considérés comme vapoteurs par les auteurs de cette étude. Cela voudrait dire que parmi les jeunes ayant testé la vape, moins de 6% sont éventuellement devenus dépendants. Qu’en est-il comparé au tabac ?

chez les jeunes de 20/25 ans ayant fumé leur première cigarette avant 14 ans, 66 % fument quotidiennement

https://www.april.fr/informations/le-tabac-et-les-jeunes-de-l-experimentation-a-la-dependance

On voit donc ici qu’il se pourrait que cette étude démontre le faible potentiel addictif de la vape, lequel serait selon ces chiffres 10x plus faible que le potentiel addictif du tabac.

Conclusions

Si je devais tirer mes propres conclusions de cette étude, je dirais ceci :

  • La prévalence tabagique est stable chez les jeunes, ce qui montre que la politique anti-tabac actuel est un échec (33% des jeunes interrogés sont fumeurs). Cela est dramatique car parmi ceux qui ne parviendront pas à arrêter de fumer, la moitié mourront à cause du tabac. Le tabac menace l’avenir de notre jeunesse.
  • Alors que la moitié des jeunes ont expérimenté la vape, seul un petit nombre pourraient présenter une dépendance. La vape semble moins addictive que le tabac, et selon d’autres études elle serait 95% moins dangereuse. Il n’y a donc pas de raison de placer le danger que la vape pourrait représenter au même niveau que le danger avéré du tabac.
  • Reste que nous ne souhaitons pas que les jeunes développent des addictions, quelles qu’elles soient. Il convient donc de limiter l’accessibilité du produit auprès des jeunes (par une interdiction de vente et des messages de prévention notamment) mais de manière raisonnable car ces jeunes seront bientôt des adultes ayant besoins d’une méthode efficace pour arrêter de fumer. D’autres études indiquent que la vape est une aide efficace dans le sevrage tabagique.

Le syndrome du puceau savant

Au début, c’était juste un argument un peu clash pour un cas bien spécifique. Pour ainsi dire une insulte. Puis j’ai eu l’occasion de réutiliser cette formule tant de fois que je pense que c’est un fait. C’est ma contribution à la science, ma découverte ! La science est malade, docteur. Voici le syndrome.

Est-ce que vous prêteriez foi en un sexologue puceau ? Le syndrome du puceau savant, c’est l’histoire du mec qui cause de ce qu’il ne connait pas mais qui parce qu’il est scientifique se permet de t’expliquer n’importe quoi, n’importe comment et parce qu’il est scientifique, tout le monde l’écoute religieusement et y crois.

Le puceau savant c’est un type qui ne vapote pas mais qui a lu 150 études sur la vape écrite par d’autres gens qui ne vapotent pas non-plus et qui se permet de claquer les fonds publiques pour faire des recherches absurdes puis publier dans des revues scientifiques des conneries sans nom parce que les reviewers ne vapotent pas non plus et que donc, on peut leur raconter n’importe quoi tant qu’on y met les formes.

Le principe du puceau savant, c’est un type qui te dis « La capote, c’est pas sûr. On l’a mise sur la tête de 2000 souris, elles sont toutes mortes étouffées. On l’a mis sur la patte de 250 souris et on a constaté que ça n’empêche pas les maladies vénériennes de se propager. On l’a mise dans la mangeoire de 12500 souris, elles sont mortes d’indigestion » Oui, mais ça ne se met ni sur la tête, ni sur la patte, ni dans la mangeoire, une capote. Crétin !

Voilà qui semble très gros, vous n’y croyez pas. C’est pas possible d’être aussi con ! Mais si, je vous assure, je le vois tous les jours. La majorité des études sur la vape prouvent que le syndrome du puceau savant est un fait. Par exemple, j’expliquais à un type sur twitter que si on a 10 ans recul sur des humains, avec 40 millions de vapoteurs, et qu’on a pu remonter aucun problème clinique, on ne peut pas trouver d’effets néfaste de la vape sur une souris dont l’espérance de vie est de 3 ans sans augmenter les doses et donc étudier de la merde. C’est la dose qui fait le poison, tu bois 10 litres d’eau en 10 minutes tu es mort. Le seul moyen de faire crever une souris avec la vape est de tricher. Voilà ce qu’il me réponds:

« Not fake science. It IS science. That being said, you can disagree on conclusions from the study. « Vaping can kill you, if you vape enough » »

Alors oui, si tu mets la capote sur la tête au lieu de la mettre sur ta bite, tu peux attraper le sida lors d’une relation sexuelle. C’est de la science. Et c’est stupide. Personne ne peut vapoter assez pour dépasser la dose létale dans des conditions normales de vape. Ou si c’est possible, il faut l’inscrire au guinness book record parce que vapoter un demi-litre par jours pendant 20 ans, c’est de la science fiction.

  • On a le même problème avec le formaldéhyde. Si tu vapotes pas tu peux pas savoir ce qu’est un dry hit, alors tu peux croire qu’on peut vapoter à 5 volts sur une CE4. Ce cas là est documenté.
  • On a le même problème avec les revues qui font « référence » comme celle du NAS: Les mecs ne vapotent pas et ça se voit. Leur définition du sel de nicotine est fausse et malgré une flopée de rédacteurs, de stagiaires, de professeurs réputés et de reviewers respectés, aucun d’entre eux n’a réalisé l’erreur parce qu’ils n’y connaissent rien. Ils mettent des pages et des pages à étudier la quantité de nicotine délivrée par une vape ou la fiabilité du dosage dans les e-liquides sans jamais s’apercevoir que au fond, la vape n’a pas de posologie, c’est un auto-traitement. Donc si un jus contient moins de nicotine, tu vapotes plus. Si un jus contient plus de nicotine, tu vapotes moins. Tout ce que tu risques en cas de mauvais dosage c’est soit que ça t’arrache la gorge ( sur-dosé ) soit que tu aies envie de fumer (sous-dosé).
  • On a le même problème avec « l’efficacité de la vape n’a pas été démontrée ». On est des millions à avoir arrêté de fumer, mais tant que ça n’avait pas été publié, ça n’existait pas. Bien sûr que la vape permet d’arrêter de fumer, connard, on le voit tous les jours en boutique. Ce n’est que lorsque P. Hajek a publié son étude que enfin, le monde s’est aperçu qu’on existait, que la vape permettait effectivement d’arrêter de fumer. Depuis quelques temps, les puceaux savants répliquent à cela que puisqu’il existe de nombreux modèles de vape, on ne peut pas appliquer une étude faite avec un seul modèle à l’ensemble des modèles. Sauf que la vape, c’est toujours du PG, de la VG, des arômes et éventuellement de la nicotine. Changer la couleur d’un médicament en modifie-t-il les effets ?
  • On a le même problème avec « l’effet passerelle ». La politique de pays entiers, dont la Suisse, se base sur le fantasme qui consiste à penser que la vape mène au tabac. C’est faux mais les puceaux savants le disent alors c’est vrais, même si dans les faits, les pays où la vape se développe sont des pays où la prévalence tabagique diminue chez les jeunes.

Bon, je m’arrête là pour le moment. Il y a des milliers d’études sur la vape, je peux pas tout passer en revue mais cher lecteur, si vous trouvez un article scientifique qui corresponds au syndrome du puceau savant, postez le en commentaire svp.

Tout ça pour dire que la science est malade. Tout le monde a un avis sur tout, c’est pas parce qu’on est professeur qu’on a le droit de dire n’importe quoi. Si vous êtes chercheur et que vous voulez parler de vape, entourez vous de vapoteurs pour attester de la viabilité de vos recherches. Vous ne pouvez pas faire l’impasse, nous mépriser et croire que vous savez de quoi vous parlez.

Réponse à Addiction Suisse

Ce matin, Addiction Suisse a publié un communiqué de presse qui fait grand bruit.
Ils s’alarment du fait que les jeunes expérimentent la vape. L’étude elle se trouve ici.

Ce que dit Addiction Suisse :
50.9% des garçons et 34.8 des filles de 15 ans ont déjà expérimenté la vape, cela pourrait favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’accros à la nicotine, voir même pousser les jeunes à fumer.

1) Ils craignent « l’émergence d’une nouvelle génération d’accros à la nicotine »

En consultant le résultat de leurs études je vois en page 63 que 16% des garçons de 15 ans qui ont fumé au moins une fois dans leur vie en sont dépendants puisqu’ils fument tous les jours. On voit donc à quel point le tabac est addictif. En revanche il a été prouvé que les patch ne sont pas addictifs. Ce n’est donc pas parce qu’un produit contient de la nicotine qu’il est automatiquement et systématiquement addictif. Qu’en est-il de la vape ? L’étude ne prends pas la peine de quantifier le nombre de garçons de 15 ans qui vapotent tous les jours, mais selon l’étude ESCAPAD 2017 ils seraient 1.9% à 17 ans. Or selon Addiction Suisse 2% environ des jeunes disent vapoter pour ne pas fumer, c’est à dire qu’ils sont devenus dépendants à la nicotine à cause de la cigarette et qu’ils utilisent la vape pour diminuer les risques, pour échapper à un produit nocif. On voit donc qu’il n’y a pas d’évidence à ce que les jeunes qui ont expérimenté la vape deviennent accros à la nicotine.

Dans le cadre de cette étude, Addiction Suisse aurait pu facilement analyser le caractère addictif de la vape, je pense qu’ils ne le font pas car ils savent parfaitement que la vape n’est pas addictive.

2) Addiction Suisse dit que la vape pourrait « pousser les jeunes à fumer ».

Selon leur étude en page 74, les garçons de 15 ans ayant fumé au moins 1 cigarette au cours de leur vie était stable et élevée (environ 60%) de 1986 à 2010. L’année où la vape débarque en Suisse, en 2014, cette prévalence chute. En 2018, la baisse se confirme pour arriver à 35%, presque la moitié de ce qu’elle a été durant 25 ans. L’arrivée de la vape ne coïncide donc pas avec une hausse de la prévalence tabagique mais au contraire à une baisse. On peut donc non seulement exclure l’idée comme quoi la vape pourrait « pousser les jeunes à fumer », mais on est même en droit de se demander si la vape ne rendrait pas la clope obsolète, ringarde.

Voici ma réponse à Addiction Suisse, hélas écrite le jour même sous de coup de la colère et sans même avoir pris le temps de lire l’étude à laquelle il faisaient référence.

Bonjour

Suite à votre communiqué de presse, en tant que professionnel de la vape et représentant romand de la SVTA, je me permets de vous faire part de ma réaction.

Tout d’abord, le problème avec le tabac n’est pas la dépendance à la nicotine mais la nocivité de la combustion. Si le tabac ne tuait pas 9500 personnes chaque année en Suisse, on ne se battrait pas contre ce fléau. Personne ne se préoccupe de savoir combien de personnes sont dépendantes des transports publics ou du café car ce n’est pas un drame.

Deuxièmement, les données que vous publiez sont trompeuses. Vous semblez confondre expérimentation et usage régulier avec nicotine. Il aurait pourtant été simple de collecter cette petite précision supplémentaire. Cette confusion a pour effet d’alarmer la population et les politiques contre la vape ce qui pourrait protéger le tabagisme. La nuance est évidente et vu vos compétences, vous le savez parfaitement. Si l’expérimentation virait à la dépendance, ce serait préoccupant, je vous l’accorde. Mais ce n’est pas le cas comme nous l’a confirmé plusieurs fois l’enquête ESCAPAD : Bien que l’expérimentation soit importante, seuls 1.8% des jeunes vapotent quotidiennement et ce sont en très grande majorité des fumeurs ou d’anciens fumeurs.

Troisièmement, après avoir confondu expérimentation et dépendance, vous glissez sur l’effet passerelle, ce qui suggère encore plus de votre part une volonté de protéger le tabagisme. Dans les pays où la vape prolifère depuis suffisamment longtemps pour qu’on puisse en mesurer l’impact, on constate une baisse de la prévalence tabagique chez les jeunes. Ceci autant en France, en Angleterre qu’aux USA. Dans ces conditions, comment pouvez-vous étayer une prétendue transition de la vape au tabac ?

Quatrièmement, le vrai problème n’est pas la hausse du vapotage mais la stagnation de la prévalence tabagique en Suisse. La lute anti-tabac actuelle a montré ses limites, vu le déroulement des débats dans les chambres fédérales ce n’est hélas pas la LPTab qui va améliorer la situation. Il est donc grand temps d’inclure la réduction des risques à la politique anti-tabac.

Cinquièmement, personne ne conteste l’interdiction de vente de produits de la vape aux mineurs. C’est une nécessité que les milieux de la vape soutiennent. Nous avons à ce sujet créé un codex où nous nous interdisons de vendre de la nicotine aux mineurs. Cependant, alors que vous critiquez le fait qu’il n’y ait pas de limite d’âge au niveau fédéral pour la vape, vous ne pipez mot de l’absence d’interdiction pour le tabac, pourtant bien plus nocif.

Cela démontre encore une fois que vous vous accommodez somme toute très bien du tabagisme et que ce qui vous dérange, c’est qu’un nouvel outil que vous ne maîtrisez ni ne comprenez vienne perturber votre routine et vos dogmes.

Meilleures salutations


Nicolas Michel
Représentant romand de la SVTA