Pourquoi faut-il interdire la vape ?

Au début, le tabac c’était bien. Dans les années 30 on voyait des publicités expliquant que les médecins conseillent de fumer.

Puis on a découvert que fumer tue. Grande découverte. En Suisse, le tabac provoque 9500 décès par an.

Face à ce constat, largement admis par tous le monde, on peut se dire que les gens vont donc arrêter de fumer. Mais non. En Suisse, selon une récente étude de Unisanté, 33% des jeunes à Fribourg fument. C’est con tout de même : On leur dit de ne pas le faire et ils le font quand-même. Face à cette constatation toute personne concernée va devoir se demander pourquoi. Pourquoi fumer si c’est dangereux ? Les réponses ne manquent pas :

  • Fumer est une addiction, un piège. Une fois qu’on commence il est difficile d’arrêter.
  • L’image de la cigarette a été rendue glamour par le cinéma.
  • La publicité incite à fumer.
  • Les fabricants de cigarette utilisent tous les moyens possible pour pousser les gens à fumer.
  • etc …

Fumer c’est mal

Au départ la lute anti-tabac était une question de toxicité, de morbidité. Fumer tue.
Face à l’échec de la lute anti-tabac, fumer est toujours la première cause de mortalité dans le monde après plusieurs décennies de lute, les acteurs de la prévention ont dû pousser le bouchon encore et encore. Ils se sont radicalisés.

Puisque une explication simple ne suffit pas, il faut donc non seulement expliquer au gens que fumer tue, mais il faut également détruire l’image de la cigarette, la rendre négative. Un certain nombre de raisons de fumer ne sont pas prises en compte, comme dans le livre de Allen Carr par exemple, parce que ce serait pas « utile à la cause » :

  • Fumer est un plaisir
  • Fumer est anti-dépresseur et c’est un stabilisateur d’humeur
  • Fumer est un anxiolytique. Les rituels associés sont rassurants
  • Il se pourrait que fumer soit un auto-traitement pour certaines personnes
  • Fumer donne prétexte à une pause, c’est souvent une petite « récompense »
  • Fumer est parfois un acte social
  • Demander une clope ou du feu est une façon d’aborder les gens
  • Fumer rythme la journée, la ponctue
  • La nicotine est un neuro-protecteur
  • etc …

Pour aider les gens, il ne faut pas leur dire toute la vérité. C’est le début du mensonge. Une partie fondamentale de la lutte anti-tabac consiste à se battre contre des idées, contres la perception des gens. Il faut les manipuler, les influencer, changer les comportements. Il faut être sournois car face à la morbidité du tabac, tous les coups sont permis.

La lute anti-tabac n’est plus une lute pour la santé des gens, mais c’est devenu une question de principe, de morale. Pour les acteurs de la prévention, la lute ne s’arrête pas à la toxicité puisque leur objectif est de changer le comportement de la population. Il s’agit d’inculquer de nouvelles valeurs. Il faut redéfinir ce qui est bien et ce qui est mal. La première règle pour convaincre les gens est d’être convaincu sois-même par chaque aspect du discours à tenir.

  • L’OMS recommande de surveiller et de contrer l’industrie du tabac. BigT, c’est les méchants. On ne lute pas seulement contre le produit, mais aussi contre les gens qui le fabriquent et qui le vendent.
  • Pour luter contre la dépendance comportementale, il faut interdire de fumer autant que possible, restreindre les circonstances durant lesquelles on peut être tenté de fumer.
  • Pour luter contre la dépendance psychologique, il faut diaboliser cette dépendance. On va donc y opposer la notion de liberté.
  • Il faut agir bien entendu sur le prix
  • Il faut « dé-normaliser » l’acte de fumer, rendre ce geste honteux, vil, faible
  • etc …

Et la vape ?

La vape propose de continuer à consommer de la nicotine, de continuer à avoir le plaisir de « fumer », de continuer à se « soigner », de continuer à faire tout ce qui a été diabolisé mais en supprimant la morbidité inhérente au tabac. Comme tout acteur de la prévention s’est préalablement convaincu lui-même que « fumer c’est mal », « la dépendance c’est mal », « la nicotine c’est mal », la vape est inacceptable.

Ce qui justifie la lute anti-tabac, ce qui constitue la raison de vivre des milieux de prévention, c’est la morbidité du tabac. Le tabac tue donc on a le droit de mentir, de manipuler, de taxer, d’interdire. C’est pour le bien de la santé publique. Si le fait de « fumer » (vapoter en fait) ne tue plus, cela prive les acteurs de la lute anti-tabac de leur raison de vivre. Il faut donc à tout prix que la vape soit toxique. Comme le disait l’OMS, la vape est indiscutablement toxique même si on manque de preuves. Actuellement on constate que les milieux anti-tabac Suisse adoptent le comportement suivant. On admet à minima quelques évidences scientifiques :

  • La vape peut être une aide à la cessation tabagique
  • La vape est moins dangereuse que le tabac
  • La vape est un moyen populaire d’arrêter de fumer

Mais on n’accepte pas pour autant que la vape remplace le tabac :

  • La vape ne doit pas être recommandée par les médecins
  • La vape n’est pas un « medical device », elle est donc dangereuse.
  • Le vapotage ne doit pas devenir un comportement positif ou acceptable (ne pas re-normaliser l’acte de fumer, comme si vapoter et fumer étaient la même chose)
  • La nicotine est dangereuse lorsqu’elle est vapotée mais elle ne l’est pas dans le cas de l’usage de traitements approuvés par Swiss Medic.
  • La vape peut éventuellement être utilisée durant une courte durée dans le but exclusif d’un arrêt tabagique total. Ensuite il faut arrêter de vapoter.
  • Il faut limiter l’attrait de la vape auprès des jeunes car la dépendance c’est mal et que la protection de la jeunesse, c’est vendeur.
  • Il faut maintenir coûte que coûte l’idée selon laquelle la vape est toxique, sans jamais donner d’échelle. Lorsque des pro-vape donne une échelle, la stratégie du doute est la meilleure réponse.
  • Contrairement à tout autre nouveau produit où l’on admet qu’il est possible d’évaluer la toxicité en se basant sur diverses études, il faut dire qu’on a pas de recul et nier le fait que actuellement, la science permet de déduire se qui arrivera à long terme.
  • Il faut employer chaque corrélation comme une preuve de causalité
  • Il est légitime d’invoquer tous les arguments flou, indémontrables ou irréalistes tels que l’effet passerelle ou l’idée selon laquelle les arômes s’adressent aux jeunes
  • Il faut oublier la morbidité du tabac. Consommer de la nicotine est mal parce que c’est mal. Parce que la dépendance c’est mal.
  • Il ne faut pas prendre en considération les vies qu’on pourrait sauver, il faut uniquement se concentrer sur la protection des mineurs, en faisant abstraction du fait qu’ils sont nombreux à fumer
  • Il faut nier le fait que la vape puisse ringardiser la clope. Il faut au contraire prétendre qu’un nouveau produit conduit à utiliser l’ancien, tout comme les CD ont stimulé le marché du vinyle ou comme la photo numérique a stimulé la vente d’argentique. (ah non, ça il faut pas le dire, ça mettrait la puce à l’oreille)
  • Il faut assimiler expérimentation et dépendance
  • Il faut assimiler la vape au tabac

Voilà, en bref, les milieux anti-tabac ne peuvent pas accepter que la vape remplace le tabac car en dehors de toute considération de santé, elle détruit leur paradigme.
Il faut donc interdire la vape pour sauver les anti-tabacs.

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